Auriez-vous crié « Heil Hitler » ? de François Roux. p. 748 – 749. Sur le harcèlement des nazis conduisant au suicide ou à l’internement.

Les nazis de Bohn alleint faire comprendre aux « compères de conviction de l’espèce d’une Mme Kahle (…) les dures exigences du salut de l’Allemagne », concluait le Westdeutscher Beobachter. Du jour où fut publié l’article, les militants bruns entreprirent le harcèlement des Kahle. Le téléphone crachait des injures. La maison était surveillée sans relâche. Paul Kahle fut chassé de l’université et de son club sans qu’aucun de ses collègues ose le défendre. Le fils aîné fut interdit de reprendre les cours tandis que le plus jeune était battu par des garçons des Hitlerjugend. Marie finit par conseiller aux amis qui persistaient à la fréquenter d’y renoncer pour ne pas attirer le danger sur eux. Elle reçut la visite d’agents provocateurs qui lui proposèrent d’entrer dans un parti d’opposition. Une partie de la famille rompit avec elle, par conviction ou par peur. Une autre la soutenait. Les commerçants lui firent savoir que les nazis exigeaient qu’ils la boycottent. « Quoi qu’il en soit, précise Marie, j’arrivais à me procurer tout ce dont j’avais besoin. Les magasins nous faisaient directement parvenir tout ce qu’ils pensaient nous être utile. Ils nous apportaient les produits tôt le matin et tard le soir et évitaient d’envoyer une bicyclette avec le nom du magasin. Mais ils nous livraient ». Marie trouvait un appui moral auprès des prêtres et des religieuses. « Jamais je n’ai regretté mon acte, confie-t-elle, mais, à cette époque, parfois l’un de mes fils ou mon mari me demandait : « Pourquoi est-ce que tu as fait cela ? Est-ce que ça en valait vraiment la peine ? »

Elle se rendit à l’évidence : leur vie en Allemagne était fichue. On lui conseilla : « Partez tant que c’est encore possible, même si vous devez tout perdre ! » Un « ami », professeur de médecine et membre du NSDAP, lui affirma que jamais le Reich ne laisserait partir les garçons. Il expliqua à Marie comment les choses allaient se passer. Les militants bruns augmenteraient progressivement la pression sur elle, en recourant si besoin à la torture, jusqu’à ce qu’elle se suicide ou devienne folle et puisse être internée. Ensuite, tout rentrerait dans l’ordre : Paul Kahle retrouverait sa chaire à l’université et ses fils seraient admis dans les organisations hitlériennes. Avant de partir, le professeur nazi fit à Marie une ordonnance de Véronal suffisante pour qu’elle se tue.

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