Abus de psychiatrie pour des raisons politiques en URSS. Internement de militants des Droits de l’Homme, sains d’esprit, parfois dépressifs … Rapport d’Amnesty International de 1983. Imitation de cette poly-répression biologique/aboyeuse par les flics françaises d’aujourd’hui … Mythomanie (Mensonge pathologique), grave manque de probité …

Primo Levi au sujet de l’internement des dissidents en Union soviétique (schizophrénie torpide). Supplément au livre Si c’est un homme. 1972. Abus de psychiatrie pour des raisons politiques en URSS.

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Une récente innovation soviétique me paraît extrêmement grave : celle qui consiste, en déclarant sommairement qu’ils sont fous, à faire interner certains intellectuels dissidents dans des hôpitaux psychiatriques où on les soumet à des « traitements » qui non seulement provoquent de cruelles souffrances, mais altèrent et affaiblissent les facultés mentales. C’est la preuve que la dissidence est redoutée : elle n’est plus punie, mais on cherche à la détruire par les médicaments (ou par la peur des médicaments). Cette méthode n’est peut-être pas très répandue (en 1975, ces internés politiques n’étaient, semble-t-il, pas plus d’une centaine), mais elle est odieuse parce qu’elle suppose une utilisation ignoble de la science, et une prostitution impardonnable de la part des médecins qui se prêtent aussi servilement à satisfaire les volontés du pouvoir. Elle révèle un profond mépris pour le débat démocratique et les libertés individuelles.
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pages 202-203 de l’édition Pocket 1987. Primo Levi, Si c’est un homme.

Il existe deux pages Wikipédia consacrée à la psychiatrie soviétique, que j’ai plus ou moins lue.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Schizophrénie_torpide
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychiatrie_punitive_en_URSS

Cette psychiatrie soviétique abusive va concerner surtour la période de « détente » Brejnevienne. Un des psychiatrisés pour raison politique, Joseph Brodsky est devenu Prix Nobel de Littérature en 1987.

Le Professeur de psychiatrie Jean Garrabé consacre un chapitre sur la psychiatrie soviétique, cette psychiatrie qui interne, parfois sur de longues périodes (plusieurs années) et jusqu’à la mort des personnes saines pour des raisons politiques. Le Professeur Jean Garrabé a examiné les diagnostics de certains dissidents psychiatrisés. Il mentionne un article du Monde de 1991 que je suis allé chercher à la BPI, interview du psychiatre français Cyrille Koupernik, né à Pétrograd, animateur de l’Association internationale contre l’utilisation politique de la psychiatrie (IAPUP) par le journaliste Nau.
En 1979, Amesty International publie un rapport sur « les abus psychiatriques en URSS ».
L’expertise de la poétesse Garboneskaïa montre au Pr Garrabé, qu’elle souffrait incontestablement de manifestations dépressives, mais pas de dissociation, 15 après le début des troubles.

Article du journal Le Monde, mercredi 11 septembre 1991 1071 mots, p. 14. « Crime psychiatrique contre l’humanité ».

Dans un entretien au Monde, le docteur Cyrille Koupernik explique comment la psychiatrie soviétique, instrument du pouvoir, a pu interner impunément des milliers de personnes saines d’esprit.

KOUPERNIK CYRILLE ; NAU JEAN YVES

Né le 13 mars 1917 – l’année de la révolution – à Pétrograd (Saint-Pétersbourg), arrivé en France avec sa famille en 1922, le docteur Cyrille Koupernik fut considéré comme apatride jusqu’en 1939, date à laquelle, mobilisé, il put acquérir, durant la débâcle, la nationalité française. Spécialiste renommé de psychiatrie, le docteur Koupernik est aussi, depuis une quinzaine d’années, l’un des principaux animateurs de l’Association internationale qui milite contre l’utilisation de cette discipline à des fins politiques. « A quand, selon vous, remonte la première utilisation en Union soviétique de la psychiatrie à des fins politiques ? – Les premiers internements abusifs ont été mis en oeuvre sous Khrouchtchev. Les dirigeants pensaient avoir trouvé là une méthode assez facile pour stopper la marée montante de l’indignation et de la protestation consécutive au dégel. A l’époque de Staline, de telles méthodes n’avaient pas cours, bien au contraire : si quelqu’un était tenu pour non responsable de ses actes, on le mettait à l’abri de la faim, du froid ou de la fusillade. – Comment, techniquement, a-t-on pu réussir à interner des personnes ne souffrant d’aucune pathologie mentale ? – Le centre essentiel de ces pratiques a été l’Institut Serbski de Moscou, du nom d’un psychiatre classique de l’époque tsariste qui avait défendu les révolutionnaires, mais qui n’était nullement adepte de méthodes oppressives. Tout ici a été facilité par les travaux de Snejnevski, qui a décrit un nombre considérable de syndromes schizophréniques. Il a notamment insisté sur la schizophrénie à évolution lente et sur le fait que l’on pouvait, selon lui, être atteint de schizophrénie sans montrer de symptômes. Cette entité a permis aux experts à la solde du gouvernement de mettre n’importe qui dans le trou psychiatrique. En pratique, les deux diagnostics les plus fréquemment posés étaient la schizophrénie lente asymptomatique et la personnalité psychopathologique paranoïaque. Cela permettait aux psychiatres concernés de dire à leurs confrères occidentaux que les gens que ces derniers pouvaient soutenir étaient des idéalistes, des fous, puisqu’ils étaient contre ce qui était normal, c’est-à-dire soviétique … Il s’agissait donc bien d’une entreprise politique relayée par des psychiatres, au premier rang desquels ceux exerçant à l’Institut Serbski comme Morozov, Jarikov … Une espèce de génétique aberrante – L’histoire de votre discipline permet-elle de comprendre de telles exactions ? – Pour simplifier, on peut dire que la psychiatrie russe, avant la première guerre mondiale, suivait les deux grands courants de l’époque : le français et l’allemand, avec une préférence pour ce dernier, pour son côté organiciste et sa tendance à la classification. Au début de la Révolution russe, il y eut un emballement tout à fait extraordinaire pour la psychanalyse, mais celle-ci ne fut autorisée que jusqu’en 1928, date à laquelle on commença à parler du freudisme bourgeois. Alors, la chape tomba, alourdie par le pavlovisme. Vers 1955, la grande tendance, que j’ai connue, revenait à dire que tout était la conséquence du milieu, que c’était parce qu’il y avait eu le tsarisme qu’on avait des malades mentaux et des alcooliques. Bien sûr, avec le temps, tout cela devint difficilement soutenable puisqu’un nombre croissant de malades n’avaient jamais connu le tsarisme. On s’est, dès lors, rabattu sur une espèce de génétique aberrante et des classifications purement organiques, et c’est là que les classifications de Snejnevski ont pris toute leur importance. – A-t-on une idée, même approximative, du nombre de personnes qui ont été victimes de cette forme dévoyée de la psychiatrie ? – Quelques milliers, vraisemblablement; et un certain nombre de ces personnes en sont mortes. Il ne s’agissait toutefois pas de mesures d’ordre général. On peut dire que, le plus souvent, les internements frappaient des opposants politiques, des croyants, des juifs qui voulaient fuir l’URSS. Mais l’internement pouvait également concerner quelqu’un qui gênait, une personne par exemple disposant d’un logement envié par un membre influent du Parti. Ce dernier motif pouvait encore, l’an dernier, être à l’origine d’internements abusifs. – Les psychiatres participant à de telles entreprises étaient-ils, selon vous, de bonne foi quant à la valeur de leurs diagnostics et des thérapeutiques employées ? Avaient-ils eux-mêmes conscience de servir d’instruments du pouvoir ? – Certains, comme Marat Vartanian – accusé de pillages et de plagiats et qui n’a jamais fait de travail sérieux -avaient très clairement le désir personnel de réussir et s’étaient mis délibérément au service du pouvoir. Beaucoup d’autres faisaient ce qu’on leur demandait et n’avaient, au fond, pas le choix de refuser. Imaginez un psychiatre français à qui l’on dirait : ou vous internez cet homme, ou vous êtes privé de votre poste, réduit à la mendicité … Sans doute y aurait-il quelques hésitations … Il faut préciser que la majorité des psychiatres soviétiques ne reçoivent qu’une formation extrêmement réduite, quelques mois après le doctorat et ne sont donc pas très qualifiés. On a, de plus, modifié, en 1971, le serment d’Hippocrate : celui qui souhaitait exercer la médecine devait jurer d’être fidèle au peuple et au Parti communiste. J’ajoute, enfin, que les tribunaux pouvaient condamner quelqu’un à subir un traitement psychiatrique obligatoire, présenté comme une mesure de protection sociale. Il convient, bien évidemment ici, de ne pas oublier les médecins soviétiques qui se sont révoltés contre tout cela, au prix de leur situation, de leur liberté et, parfois, de leur vie. Ils ont pu ainsi, d’une part sauver un certain nombre de personnes menacées et, d’autre part, contribuer à la chute de l’empire soviétique. Des traitements de choc barbares – Certains praticiens soviétiques avancent parfois l’argument selon lequel un internement psychiatrique pouvait constituer une forme de protection à l’égard de l’interné. Qu’en pensez-vous ? – C’est totalement faux. Tous ceux – et ils sont nombreux – qui ont été enfermés dans des camps et internés dans des hôpitaux psychiatriques spécialisés disent que ces derniers étaient, de loin, les plus terribles. On y était l’objet de neuroleptisation. Or, si les médicaments neuroleptiques peuvent, à des doses modérées, être utilisés chez les schizophrènes, ils produisent, en revanche, des effets très pénibles, très douloureux, chez les personnes saines d’esprit. On a également mis en oeuvre, à titre punitif et ce jusqu’en 1989, des traitements « de choc » totalement barbares, comme la sulfazine ou « huile soufrée » , qui a pour effet d’induire une fièvre à 40 et un abcès de la fesse … En pratique, on disait : soit tu renonces à tes idées, soit on va te faire de la sulfazine, des électrochocs, des neuroleptiques. Tout cela constitue l’une des exactions les plus criantes de ce régime, même si elle fut, au total, moins importante que certaines purges, que certaines fusillades – toutes ces abominations dont l’histoire soviétique est remplie – mais tout cela fut, malgré tout, très important : pour la première fois, la médecine devenait serve. – Il y a, malgré tout, ici, une contradiction fondamentale. Pourquoi, après avoir forgé leurs propres concepts pathologiques, les médecins soviétiques n’ont-ils pas défendu leur système ? Pourquoi ont-ils systématiquement refusé de reconnaître qu’ils enfermaient certaines personnes que d’autres psychiatres -issus d’autres écoles – tenaient pour non malades ? Pourquoi, au fond, avoir refusé le débat théorique ? Comprenez bien. Ils disaient en substance que les gens qu’ils internaient étaient des malades mentaux. Ils disaient aussi qu’un certain nombre de dissidents ayant fui l’URSS avaient été diagnostiqués comme fous en Occident. Personnellement, je n’en connais pas, même si la chose est toujours possible compte tenu des redoutables épreuves par lesquelles ils ont dû passer. Quoi qu’il en soit, le régime auquel ces personnes ont été soumises dans ces hôpitaux psychiatriques spécialisés, qui dépendaient du ministère de l’intérieur et non de celui de la santé, ont constitué un crime contre l’humanité. – De telles pratiques, de tels dévoiements de la psychiatrie sont-ils, selon vous, spécifiques des régimes marxistes-léninistes ? Ont-elles été mises en oeuvre sous d’autres dictatures ? – Rien dans Marx, Lénine ou Staline ne permet, à mon sens, d’utiliser la psychiatrie à des fins politiques. On lutte contre les opposants, on les supprime, mais on n’utilise pas alors la psychiatrie. Il s’agit là d’une nouvelle idée, née dans les années 60. Outre l’Union soviétique, on a recensé quelques cas en Roumanie, en Tchécoslovaquie ou à Cuba. Mais de telles pratiques sont, me semble-t-il, très spécifiquement russes. Dans cette société, ce qui est normal est ce qui est normatif.  » Ceux qui pensent autrement  » (la traduction de dissidents en russe) sont, par définition, des fous. Par ailleurs, sous-jacent à l’attitude des psychiatres, il y avait le souhait d’un pouvoir soviétique qui n’a jamais eu de règles morales, même apparentes. © 1991 SA Le Monde.

Le rapport d’Amnesty International de 1983 sur l’Utilisation abusive de la psychiatrie est ici :

AmnestyInternational_1983_URSS_AbusPsychiatrique

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