Schizophrénies de ces flics UMP selon Eugen Bleuler (1911), qui renvoie aussi vers Carl Jung.

p. 70

Il n’est pas rare que la tendance au stéréotypage devienne une cause de déraillements de plus. Les malades restent fixés aux mêmes cercles d’idées, aux mêmes mots, aux mêmes formes de phrases, ou bien ils ne cessent d’y revenir sans motif logique. Dans des tests d’aperception, Busch a trouvé dans certains certains cas de nombreuses réponses erronées qui répétaient les stimulus précédents.

p. 71

Dans les propos simulant la fuite des idées de schizophrènes présentant une confusion aiguë, le retour constant à ce qui a déjà été dit est quelque chose de tout à fait habituel.

La tendance à la stéréotypie, associée au manque de but de la pensée, mène d’un côté à « l’adhésivité de la pensée », à une sorte de persévération, et d’un autre côté à un appauvrissement général de la pensée. Les malades ne parlent alors plus que du même thème (monoïdéisme) et ne sont pas capables d’aborder d’autre sujet.

En relation avec l’absence de but et la stéréotypie, il peut aussi se faire que les malades en arrivent, souvent, à ne plus pouvoir vraiment penser jusqu’au bout ; un « associationnisme débridé » absurde remplace la pensée. Un hébéphrène ne parvint plus à se détacher des concepts « amour » et « avoir » et associa spontanément pendant longtemps des séries telles que la suivante : « Liebe, Diebe, Gabe, Dame, haben, Liebe, Gaben, Dame, haben, Liebe, Diebe, zurückgenommen, zurückgenommen, zurückgenommen, zurückgenommen, haben … »

De cette façon, les patients entament souvent des énumérations qui, une fois encore, ont généralement nettement le caractère de trouble schizophrénique des associations.

p. 76

Confusion.

On ne doit pas considérer la confusion comme un symptôme sui generis ; elle est le résultat des troubles psychiques élémentaires les plus divers ayant atteint un degré si élevé que la cohérence se perd pour le patient ou pour l’observateur, ou pour les deux. La fuite des idées maniaque, qu’il nous faut distinguer nettement du trouble schizophrénique du cours des idées, mène également à la confusion, si elle est importante ; même l’inhibition mélancolique peut y conduire, si la lenteur du déroulement des idées et le manque de faculté d’association rendent impossibles l’orientation et l’élaboration d’une représentation complexe.

p. 82

L’effet a posteriori du cours de pensée antérieur se manifeste aussi par la tendance à des stéréotypies dans la forme et le contenu de la réponse. Certains patients, notamment aigus, ne répondent plus, à la fin du test, que de façon totalement absurde, avec des termes peu nombreux, qui étaient encore utilisés de façon appropriée dans ce qui précédait : « A penser, à écrire, à manger », etc (La pauvreté idéïque favorise naturellement ce comportement).

Parfois, les patients restent aussi fixés au mot-stimulus et le répètent sans y connecter d’autre pensée. Ce type d’écholalie se voit beaucoup plus fréquemment dans les états aigus (obnubilation) que chroniques.

Même quand la répétition du même mot n’apparaît pas fréquemment, on trouve chez de nombreux patients une grande pauvreté des idées ; ils ne se fixent pas sur le même mot mais bel et bien sur des idées analogues et très proches.

p. 111

La conscience, en ce sens que les patients perdraient le rapport sensoriel avec l’environnement, n’est donc pas altérée dans les états chroniques de la schizophrénie ; sous ce rapport, les schizophrènes se comportent comme des sujets bien portants. Par contre, il y a bien souvent des syndromes aigus qui sont tout à fait analogues à un état crépusculaire hystérique, ainsi que des états confusionnels d’origines les plus diverses.

p. 122

Un schizophrène peut juger avec un esprit critique clair les actes, l’état pathologique des autres patients et le bien-fondé des mesures prises à leur égard, et en même temps ne pas comprendre qu’il est lui-même invivable, hors de l’asile, s’il fait du scandale chaque nuit et frappe les gens.

p. 181

Les idées délirantes du schizophrène ne représentent pas nécessairement une entité logique ; des idées qui ne vont pas ensemble, ou même se contredisent mutuellement, peuvent être présentes en même temps ou se succéder en peu de temps. Même des idées délirantes compatibles ne sont pas facilement ordonnées en un système logiquement élaboré ; même là où elles contiennent une idée commune, comme celles de la persécution par une société secrète, les détails ne sont généralement pas en cohérence avec la construction logique ; ils forment un tas désordonné d’idées délirantes, un « chaos délirant », pour s’exprimer comme Schüle. Il est des exceptions chez de rares paranoïdes dont l’intelligence s’est relativement bien conservée ; en outre, il ne faut pas oublier que tout délire possède sa faille logique, et que les exigences des observateurs sont fort diverses sous ce rapport, si bien que certains postulent une systématisation déjà complète là où d’autres ne voient absolument rien qui y ressemble. Selon notre conception, on ne devrait parler d’un système logique que là où tout se développe en une construction logique à partir de quelques prémisses fausses. En ce sens, les idées délirants schizophréniques ne sont presque jamais systématisées. Généralement, elles souffrent plutôt de contradictions et d’impossibilités.

La contradiction avec la réalité n’est généralement absolument pas perçue, elle non plus.

p. 184

Mais les ébauches de critique sont généralement tout à fait vaines. Souvent, les malades ne sortent pas de leur fascination, même quand ils éprouvent le besoin de prendre position par rapport à elle.

p. 206

Barrage, pauvreté idéïque, incohérence, obnubilation, idées délirantes et anomalies affectives trouvent leur expression dans le langage ; mais ici l’anomalie ne réside pas dans le langage lui-même, mais dans ce qu’il a à dire.

p. 206

 » Souvent, la pulsion de parler est altérée. Certains patients parlent énormément, souvent littéralement sans arrêt. Généralement, ils ne veulent nullement, en cela, communiquer quelque chose à leur entourage, ni même se faire comprendre de lui, leurs idées se transforment en paroles, sans qu’il y ait de relation avec l’entourage. Ou encore ces relations ne sont que tout à fait unilatérales, comme quand les malades nous posent des questions qui sont certes quelque peu conçues en fonction de l’interlocuteur, mais qui ne marquent aucun besoin de réponse, les patients ne laissant pas le temps de répondre à la personne interrogée, ou n’écoutant même pas ce qu’elle répond. Souvent, la présence d’une tierce personne n’agit que comme une stimulation à parler en général, et non comme une incitation à dire quelque chose. De nombreux malades ne cessent d’aligner des mots à la suite, ils parlent mais ne disent rien.

p. 216

Dans les cas de haute gravité, il en résulte une « salade de mots » complète, totalement incompréhensible, même quand elle se compose principalement de mots usuels ; leur combinaison, tout à fait insaisissable pour nous tant sur le plan grammatical que thématique, nous produit l’effet d’une langue inconnue.

De nouveaux mots sont souvent formés pour l’ensemble du langage aussi, si bien que nous nous trouvons devant un « langage artificiel » particulier : Les mots nouveaux peuvent s’appuyer encore nettement sur des expressions usuelles ou être crées de toutes pièces, parfois avec la prétention affichée d’imiter une langue donnée. Dans ce derniers cas, les malades qualifient eux-mêmes leur langage, le cas échéant, de français, chinois, etc. De temps en temps, on peut du moins constater que ce sont toujours les mêmes mots qui sont utilisés pour certains concepts ; mais généralement un tel « langage artificiel » semble être un enfant de l’instant présent, remplacé par un autre dans le moment qui suit. On ne peut généralement pas déceler jusqu’à quel point les malades prennent ce langage au sérieux ; souvent, ce galimatias paraît plutôt représenter à leurs yeux un jeu ou une mystification ; mais dans certains cas les malades croient s’exprimer correctement, soit qu’ils s’imaginent parler leur langue habituelle ou quelque autre langue connue, soit qu’ils soient conscients de cette néoformation linguistique. (p. 216).

Les stéréotypies.

p. 251

La tendance des schizophrènes aux stéréotypies est l’une des manifestations les plus frappantes, vue de l’extérieur. Nous rencontrons celles-ci dans tous les domaines, celui du mouvement, de l’action, de l’attitude, de la parole, de l’écrit, du dessin, de l’expression mimique et musicale, de la pensée, du désir.

p. 252

La plupart des malades graves ont, pour autant qu’ils parlent, tendance à réutiliser sans fin les mêmes formules à des passages soit adéquats, soit inadéquats. Parfois, sans la moindre cohérence, voire même sans nulle intention de communiquer, les mêmes mots et phrases sont proférés d’innombrables fois de suite sur le ton habituel, ou bien en criant, en chuchotant ou en chantant ; l’expression d’affect est, ce faisant, souvent absente ; si elle est présente, elle est généralement tout à fait artificielle, exagérée, inadéquate au contenu du discours (verbigération). (…) Une de nos malades faisait chaque jour, des heures durant, des variations sur l’un d’entre quelques thèmes peu nombreux, par exemple « concierge », décrivant alors tous les gardiens d’immeubles qu’elle connaissait, les détails de leur loge, etc.

Sans doute ne peut-on pas ranger dans la verbigération des stéréotypies du langage telles que celles qui suivent : insertion de mots stéréotypés (« Es-tu là, cher petit protecteur, plumps, es-tu là ? plumps »), ou même seulement de sons quelconques, qui ne font pas nécessairement partie du langage (une de nos paranoïdes faisait suivre d’un grognement chaque son permettant une pause dans l’élocution). Il s’agit d’autre chose encore quand un patient ne répond à toutes les questions que par le mot « beau », sur des tons divers. Des exclamations qui ne sont pas répétées aussitôt à la suite sont également amenées sur le tapis de façon stéréotypée et tout à fait indépendante de leur sens. Ainsi, une malade dit-elle à chaque instant, depuis trente ans, « Je ne me sens pas bien », aussi bien en signe de joie que pour exprimer quelque chose de désagréable, ou encore alors que son humeur est apparemment tout à fait indifférente ; parfois, elle en traduit une partie en une autre langue (well, bene).

La stéréotypie des idées est souvent si importante que les malades sont incapables de penser à autre chose qu’à une ou très peu d’idées.

C’est l’abréviation progressive de la stéréotypie qui est plus fréquente. Des mouvements qui ont d’abord un sens correct, comme l’imitation du cordonnier cousant, le balancement de la danse, sont écourtés jusqu’à en devenir méconnaissables ; « heimgehen » devient au bout de quelque temps « hei », puis seulement « ei », « ei » ; un récit entier, qui décrit un voyage pour aller voir le bien-aimé, peut se réduire finalement à un son étouffé, à peu près tel que « hm ».

Les manières.

p. 257

Les manifestations proprement excessives sont également altérées. On rencontre tous les gestes affectés possibles ; les malades hurlent, criaillent, piaillent aux moments les plus inopportuns.

Les automatismes.

Propos compulsifs.

p. 268

Les automatismes du langage revêtent un caractère particulier. Les malades peuvent être eux-mêmes ébahis de ce qu’ils disent ou (ce qui n’est pas tout à fait la même chose) de ce que leur langue dit ; ils ne le perçoivent que par l’ouïe. Ou bien « les mots leur sont mis sur la langue, si bien qu’ils sont forcés de les dire », ou encore « la gueule parle, sans que le patient le veuille » ; les mots arrivent « bien prononcés sur la langue, tout prêts ». Chez les schizophrènes, il ne s’agit presque jamais de discours cohérents et relativement longs, mais de quelques mots et phrases, et puis d’un galimatias décousu.

On peut aussi mentionner ici la coprolalie, qui souvent ne se contente pas d’émettre des mots grossiers mais les met à la place de mots voulus, avec le sens correct.

Syndromes aigus.

p. 273

Réactions anormales de l’esprit malades à des expériences vécus chargées d’affect.

En font partie les états crépusculaires hystériformes et certains accès de vitupérations en réponse à des stimulus extérieurs.

Etats mélancoliques.

p. 277

L’inhibition idéïque se manifeste non seulement par la pensée lente et l’indécision, mais tout particulièrement par un monoidéïsme extrême qui, au contraire de la mélancolie simple, peut être ici véritablement absolu. Souvent, on peut pendant longtemps trouver les moindres traces d’une autre pensée que les souhaits, les plaintes ou les malédictions constamment exprimés, et toute tentative d’amener les malades sur un autre sujet, ou même d’élaborer plus avant celui qui les occupe, est vouée à l’échec complet.

Etats maniaques.

p. 277

L’humeur des maniaques schizophrènes est habituellement plus espiègle que proprement exaltée ; les malades prennent plaisir à toutes sortes de sottises et de mauvaises facéties. Les hébéphrènes, en particulier, s’y trouvent dans leur élément ; ils se livrent à des sottes plaisanteries, disent des obscénités, se moquent de tout, de leur entourage, de leur famille, des plus hautes valeurs de l’humanité. Le malade vitupère, fanfaronne, jure, tire la langue, louche, parle très fort, sur un ton singulier, gesticule vivement, d’une façon exagérée, caricaturale, inadaptée à son discours, lourde ; il fait de la gymnastique comme un homme-serpent, reste la tête entre les jambes, déclame, chante, prie. Toutes les habitudes déplaisantes possibles se poursuivent jour et nuit : détruire, barbouiller, faire du tapage.

Des éclats de colère se produisent plus fréquemment encore que dans la manie commune, les passages transitoires à la tristesse pleurnicharde plus rarement. Les premiers peuvent, ici, survenir sans motif extérieur. Dans certains cas, on ne note que peu d’euphorie. Le patient affiche la gaieté comme une machine, ou comme sur commande ; le comportement est celui d’un enfant exubérant, mais pas la mimique ni le discours. Même des schizophrènes maniaques peuvent être silencieux, littéralement mutiques. Ils entrent de toute façon peu en relation avec leur entourage, ferment les yeux, et ce de façon continue, des semaines ou des mois durant dans certains cas. La possibilité de détourner leur attention fait défaut soit temporairement soit en permanence ; totalement insoucieux de leur entourage, les malades font leurs pitreries et leurs exercices de gymnastique ou de langue. La fuite des idées se mêle souvent aux associations schizophréniques décousues ; elle ne peut presque jamais être totalement masquée par celles-ci.

Etats catatoniques.

p. 281

Parfois, le calme est rompu par un raptus catatonique. Le patient se lève d’un bond, casse quelque chose, attaque quelqu’un avec beaucoup d’adresse et de force, ou range dans la pièce un objet quelconque autrement qu’il n’était. Un catatonique sort de sa rigidité, fait du vélo en chemise durant trois heures durant, tombe et reste allongé dans le fossé, cataleptique. Des réactions fort promptes et qui ne sont pas absurdes peuvent répondre tout à coup à des influences extérieures ; une réponse, un propos s’insérant dans une conversation de tiers stupéfient soudain les personnes présentes.

Obnubilation

p. 289

La majorité des obnubilés n’apparaissent guère stuporeux.

L’obnubilation ne se rencontre pas seulement au cours d’états aigus ou en tant qu’état aigu ; elle a déjà par elle-même tendance à traîner en longueur et peut même persister des décennies durant sur le mode décrit, bien que généralement quelque peu atténuée.

Confusion. Incohérence.

p. 291

La plupart des troubles associatifs mènent à la confusion, si leur degré est important. Les états confusionnels qui ne sont qu’une conséquence pure et simple de la rupture associative schizophrénique méritent une mention particulière. Dans ce type d’incohérence, il s’agit presque toujours de syndromes aigus. Les patients parlent de façon totalement incohérente, souvent par phrases hachées ; ils sont généralement agités, font sans cesse quelque chose, mais dans les cas prononcés cela n’aboutit pas à une activité à proprement parler, et guère à l’accomplissement durable d’actes aussi simples que la tentative de fuite. Comme pour les idées, on ne voit généralement que des bribes d’actions, encore que certaines idées chargées d’affect puissent se manifester confusément au travers de l’ensemble du comportement, comme la crainte de quelque malheur, la joie d’un bonheur onirique.

Accès de colère.

p. 292

Les accès de colère et de vitupération de nombreux malades, déclenchés par un événement extérieur quelconque, méritent également d’être mentionnés. Les malades commencent à pester non seulement quand on dit quelque chose de désagréable au patient mais même sans cela, alors qu’on les salue tout simplement, ou au milieu d’une conversation normale. Il ne sert à rien de vouloir rectifier un malentendu quelconque ; les malades se sentent offensés par tout ce qu’on leur dit et ne font qu’entrer de plus en plus en colère. Généralement, l’accès dure encore un moment après que le patient a été laissé seul, souvent quelques heures, parfois quelques jours, rarement plus. Il n’arrive guère que des aggravations durables succèdent à ces accès.

Sous-type paranoïde.

p. 299

Chez la majorité des paranoïdes, la courbe de la maladie n’évolue absolument pas de façon constamment ascendante, mais avec de fortes oscillations qui tantôt s’approchent de la ligne de normalité, tantôt s’élèvent de nouveau à une grand hauteur.

Lucidité et présentation extérieure restent relativement indemnes malgré les représentations délirantes complètement confuses et accompagnées de néologismes verbaux massifs.

Schizophrenia simplex.

p. 307

Dans les couches supérieures, le type, fréquent, de la femme insupportable, braillant sans cesse, seulement capable d’émettre des revendications mais ne se connaissant aucun devoir, joue son rôle funeste. De longues années durant, la famille ne pense pas à une maladie, vit un enfer peuplé de tourments que lui fait endurer cette femme « méchante » et cache par tous les moyens la situation au monde extérieur ; maintenir le secret de cette anomalie est d’autant plus aisé que nombre de ces malades peuvent encore se comporter en société d’une façon qui n’attire pas du tout l’attention. Souvent, on est littéralement forcé de faire le silence à la face du monde extérieur sur cette anomalie, car bien des gens sont enclins à prendre parti pour ces patients qui savent si bien jouer l’innocence persécutée.

Kahlbaum a appelé héboïdophrénie ou héboïde les cas dans lesquels la perturbation se fait presque uniquement jour dans le vécu et le comportement social.

Les états terminaux.

p. 339

Abêtissement radoteur.

Il est dominé, outre les manifestations de la faiblesse d’esprit la plus profonde, par des reliquats pathologiques qui correspondent à peu près à ceux de l’excitation catatonique. Dans les formes maniérées, c’est la bizarrerie qui est au premier plan, sous la forme de manières et de stéréotypies de mouvement ; dans les formes excitées, c’est principalement l’impulsivité, outre une tendance monotone au mouvement. La pseudo-confusion dans le domaine de l’expression linguistique et la dissociation de l’activité sont communes à ces deux formes.

L’importance des divers symptômes pour le diagnostic différentiel.

p. 382

Le manque de capacité de discussion ne se voit nulle part de la même manière que dans la schizophrénie. Même là où nos malades s’engagent dans des discussions sur leurs conceptions erronées, on trouve régulièrement, à côté de domaines d’idées défendus judicieusement ou même avec une chicanerie habile, d’autres où l’affaire est tout simplement « comme ça », comme disent les malades, ou bien où ils font des déductions tout à fait insensées. Le schizophrène peut cliver de sa conscience des faits qui ne s’accordent pas avec ses affects ; l’entêté se contentera généralement de les ignorer.

p. 387

On peut aussi mentionner ici le peu de fatigabilité, tant musculaire que psychique, de nombreux schizophrènes (comparer aussi avec la catalepsie !).

Le diagnostic différentiel.

p. 389

Ainsi, les accès de colère du maniaque peuvent habituellement être rapportés à des motifs normaux ; il s’irrite des limitations, du refus opposé à une demande, etc. Le schizophrène maniaque a souvent des accès de rage dont le déclenchement apparaît totalement immotivé, ou du moins infondé qualitativement.

Fuites des idées.

p. 391

Il va de soi que la fuite des idées maniaque ne doit pas être confondue avec l’incohérence schizophrénique, et que ces deux troubles coexistent dans les accès maniaques de la schizophrénie. A ce propos, il importe de savoir que la fuite des idées ne saurait aller jusqu’à un relâchement des concepts usuels et une véritable altération des fonctions logiques.

Il n’est pas toujours possible de distinguer du premier coup d’oeil la fuite des idées de l’incohérence schizophrénique, car ces deux anomalies ont quelque chose de sans but. Il faut noter que la fuite des idées n’est pas dépourvue de ligne directrice, mais que celle-ci change à chaque instant. Comme, dans le cas des sautes d’idées de la schizophrénie, tous les fils ne sont pas forcément rompus , nous avons souvent, dans cette perturbation, des associations qu’il faut comparer à celles, superficielles, tonales et motrices, de la fuite des idées, tout de même être fait dans la plupart des cas avec relativement peu de matériel, parce qu’il peut manquer aux associations schizophréniques des fils directeurs beaucoup plus nombreux qu’aux associations maniaques.

Autisme.

p. 473

L’autisme a de tout temps attiré l’attention, notamment chez les Français. Ceux-ci en ont, par exemple, souligné un versant, sous le nom d’autophilie, d’égocentrisme, d’hypertrophie du Moi, d’augmentation du sens de la personnalité, tandis qu’ils ont décrit son versant négatif sous le nom de perte du sens de la réalité ou de perte de la fonction du réel.

p. 478

Après que nous avons qualifié de secondaires les éléments les plus importants dont se compose la démence schizophrénique, il est évident que celle-ci doit être elle-même envisagée pour l’essentiel comme secondaire. Sans doute quelques symptômes primaires peuvent-ils avoir part à ce tableau, certes, mais habituellement nous ne les voyons pas. Il est aussi fort possible que d’autres méthodes d’observation nous permettent un jour, dans le futur, de distinguer dans les cas graves, derrière la stupidité secondaire, une stupidité primaire. Pour le moment, nous voyons seulement que les malades scindent leurs pensées, qu’ils bloquent leurs affects, qu’ils se détournent de la réalité.

p. 480

La troisième facette de la stupidité schizophrénique se manifeste dans la résultante de tous ces processus défectueux, dans l’activité. Par manque d’aspiration à un but, les malades agissent tantôt pas du tout, tantôt sans but, tantôt de façon lunatique. Cette dernière éventualité vient de ce que des buts variables leur viennent vaguement en tête en fonction de l’intervention des complexes. Et là où le patient veut agir, il le fait souvent en fonction de l’intervention des complexes. Et là où le patient veut agir, il le fait souvent de façon inadéquate ou proprement absurde à cause de sa logique erronée. Des associations qui surgissent « fortuitement » déterminent une activité immotivée, fonction de lubies, et des impulsions compulsives.

p. 559

Les manières.

Les manières et, en partie au moins, les stéréotypies s’expliquent non par le clivage, mais plutôt par l’effet permanent des complexes. L’être humain normal a déjà tendance à exagérer, ou du moins à laisser paraître de façon particulièrement importante celles des manifestations expressives qui correspondent à ses souhaits. Celui qui est vaniteux le laissera paraître dans son habillement et dans toute sa conduite, et celui qui est fier de sa force physique dans sa démarche et dans tous ses mouvements. Mais ce ne sont pas seulement ceux qui sont quelque chose qui attirent notre attention, mais bien plus encore ceux qui veulent être ce qu’ils ne sont pas. Chez quelqu’un qui est vraiment distingué, l’attitude distinguée, la distinction se dégage de chacun de ses mouvements, tout naturellement, c’est une partie de son être, et c’est pourquoi il n’attire pas l’attention.